Le Galuchat, un cuir d’exception

Encore un drôle de mot j’en conviens, mais ma curiosité l’emporte toujours sur la banalité. Après le byssus une “soie“ marine, voici le galuchat, un “cuir“ de mer.  Septembre est la fin des grandes vacances, alors retardons quelques instants l’impact de l’atterrissage dans la routine du quotidien et prenons le large.  Le galuchat est un matériau difficilement classable, mi cuir, mi pierre, mais ni l’un ni l’autre. Seuls des artisans expérimentés sont capables d’en tirer la “substantifique moelle“.

Details Galuchat

AU COMMENCEMENT FUT LE CHAGRIN

Pour les étymologistes purs et durs, le mot vient du vénitien sagrin emprunté au turc sagri, lui-même issu du farsi shagarî. Chagrin désigna d’abord la croupe d’un onagre, d’un âne ou d’une mule ou de certains équidés. « C’est avec le cuir de l’âne que les Orientaux font le sagri que nous appelons chagrin » Buffon. 

La peau à cet endroit est épaisse, rigide et sa surface est couverte d’une multitude d’aspérités qui lui confère un relief irrégulier. Ces effets décoratifs et cette solidité furent mis à profit pour de multiples usages en maroquinerie, cordonnerie, reliure, gainerie et ce, depuis l’antiquité. 

Pour les esprits plus rêveurs que pragmatiques, il existe une autre source étymologique qui me parle davantage : ce matériau, gémit, crisse, grince lorsque qu’on le froisse, le manipule, le travaille, d’où une forme de tristesse qui en émane, que d’aucuns nomment chagrin.

Et pour les curieux inconditionnels et les passionnés de la quadrature du cercle, voici encore un autre axe de recherches. Existe-il un lien entre les couleurs du temps de la « Peau d’Ane » de Perrault  et la “sombritude“ du héros de la « Peau de chagrin » de Balzac.

TAMBOUR BATTANT

Dans le domaine de l’organologie, les qualités de la peau de chagrin seront employées à bon escient, bien avant de devenir la vedette d’un roman. Les qualités de ce simili cuir trouvèrent une application dans le domaine des instruments à percussion. La peau était tendue, encore humide, sur la caisse du tambour. En séchant, elle se rétractait, comme toute bonne peau de chagrin ! Il en résultait une sonorité très claire. 

DES FRIVOLITES BIEN “CHAGRINÉES“

Au XVIIIe siècle, des tisserands anglais créèrent des soieries à la surface bosselée qui n’était pas sans rappeler l’aspect des peux de chagrin ; c’est pourquoi elles furent baptisées soies chagrin. Cette texture obtenue par tissage, conférait au tissu la solidité d’une toile et la raideur d’un taffetas. Article bon marché destiné à doubler des vêtements lors de sa création, il fut propulsé dans l’univers de mode au début du XIXe siècle grâce à des magazines comme “La belle Assemblée“ qui faisait la part belle à ce qui pouvait paraître comme une innovation frivole « pour les jeunes femmes, un merveilleux «shagreen gros de Naples » rose, parfait pour des visites de courtoisie… ». L’étymologie première de chagrin fut apparemment bien dissimulée, car un tissu aussi soyeux soit-il, imitant l’arrière train d’un âne n’aurait pas eu le même succès auprès d’une clientèle, même friande de nouveautés et d’extravagance !

LA CONFUSION DES GENRES

Inutile de chercher le mot galuchat dans les encyclopédies éditées avant 1762. Jusqu’au début du XVIIIe siècle, en Europe, chagrin était le seul vocable désignant indistinctement la peau du requin roussette, de la raie sephen et des équidés, faisant fi de leurs différences pourtant flagrantes. Mais il semble que ce qui rapproche toutes ces peaux est leur propension à rétrécir au lavage, ce qui conforte le sens de l’ expression “se réduire comme une peau de chagrin“.

En français, plusieurs noms furent attribués à la peau des squales : chagrin, requin de Chine, roussette, rouffette, peau de chien de mer… avant de prendre celui qui, aujourd’hui encore, les placent sur la plus haute marche du podium : galuchat. 

Curieusement, en anglais le mot galuchat n’existe pas, c’est le mot chagreen, altération de notre chagrin, qui lui correspond,  valorisant de fait la couleur verte. 

En japonais, le vocabulaire est précis : le same pour la peau de requin roussette et same gawa pour la peau de raie sephen.

DE LA PEAU D‘ANE A LA PEAU DE CHIEN DE MER

Entre la peau de la croupe d’un âne et l’aspect de la peau de certains sélaciens, des similitudes évidentes apparaissent : une  grande solidité, un manque flagrant de souplesse et un relief irrégulier généralement modulé par l’homme en fonction de la destination. C’est ainsi que la peau de chagrin passa de la terre a la mer, du mulet au requin. « Le chagrin est fort ancien! Aujourd’hui, les gainiers préfèrent se servir de galuchat. Le galuchat est, comme vous le savez sans doute, la dépouille du raja sephen, un poisson de la Mer Rouge (…) : entre le galuchat et le chagrin, il y a, monsieur, toute la différence de l’océan à la terre… » Balzac, Peau de chagrin.

CES PEAUX A LA DENT DURE

Il existe un grand nombre de squales ou de sélaciens, mais la peau de deux d’entre eux, le requin roussette et la raie sephen, possède les caractéristiques nécessaires recherchées par les artisans gainiers. 

Si la surface de la peau du requin, dite à petits grains, paraît lisse ce n’est qu’illusion, au toucher, c’est une autre histoire. La peau semble hérissée de milliers de pointes obliques et acérées, à l’image d’une lime à métaux. Cette construction confère au derme une dureté exceptionnelle. La disposition de ces denticules facilite leur nage en diminuant la friction avec l’eau. Une fois encore, l’homme s’inspira de la nature, imitant la technique des processus mis en œuvre par celle-ci pour améliorer les performances des nageurs et des sous marins : le biomimétisme en action.

Gros grain - galuchat
Peau d’une raie sephen

QUI S’Y FROTTE, S’Y PIQUE

C’est la valeur marchande des peaux qui est à l’origine de la pêche excessive de ces sélaciens ; la ressource alimentaire est devenue secondaire. Cependant, la dureté exceptionnelle de ces peaux constitue une défense naturelle, une véritable armure contre les morsures des autres poissons plus grands, plus forts, malgré leurs dents assassines. Un conseil ?  Ne jamais caresser un requin surtout à rebrousse poils. 

SAMEGAWA, LA PERLE RARE

La peau de la raie sephen “samegawa“ est dite à gros grains, ou perles blanches et espacées. Les peaux les plus rares et les plus recherchées sont celles qui présentent un alignement sur l’épine dorsale de trois grains de taille décroissante. 

Qui s’y frotte s’y pique : elle est aussi pêchée à outrances par des prédateurs humains pour cette enfilade de perles mai, bien que la dureté de sa peau la protège de certains autres prédateurs marins à l’exception des requins, elle possède une autre arme défensive terrifiante : un poinçon couvert d’épines venimeuses. Un conseil aux promeneurs, nageurs et surfeurs : attention où vous mettez les pieds car la raie se cache sous le sable à faible profondeur et peut se sentir attaquée si elle est malencontreusement piétinée.

UNE PRÉFERENCE NOTOIRE

La peau de la raie est utilisée de préférence à celle du requin pour gainer des petites surfaces ; c’est aussi celle qui fut utilisée par Mr Galluchat. Sa valeur marchande est en étroite corrélation avec l’arrangement régulier des denticules. La partie centrale est la plus recherchée, car un seul objet par peau aura la primauté de la perle.  

UN ARTISANAT ANCESTRAL

La pêche du requin aiguillat tacheté et de la raie sephen en mer de Chine et dans l’océan indien était une tradition de longue date dans la région. Leur chair était un met de choix, mais des artisans s’intéressèrent très vite à leur peau constituée d’émail et de dentine. Ce produit fut exploité en Chine, puis au Japon dès le VIIIe siècle dans des domaines très divers. 

Requin et Raie Sephen

UN RAFFINEMENT POUR INITIES

Seuls, les véritables amateurs connaissaient la valeur de ces petits objets gainés de peaux de sélaciens et étaient capables de comprendre et surtout d’apprécier la perfection du travail minutieux des artisans. Ce matériau est unique, un curieux mélange de cuir et d’ivoire. Le cuir, parce c’est une partie de la peau qui se coud avec du fil sur des machines de maroquiniers, mais la partie minérale, équivalente à de l’ivoire, se meule, se ponce et se polie. A qui revient le mérite de ce métier très complexe : au maroquinier ou au dentiste ? La suite est encore plus surprenant. La peau de requin était parfois longuement poncée jusqu’à devenir translucide, le but étant d’éviter la teinture, la couleur était obtenue par une technique ingénieuse : une feuille de papier trempée dans une solution d’acétate de cuivre (vert de gris) était intercalée entre le support et la peau, donnant une illusion colorée par transparence. La couleur verte semble avoir eu, depuis le début, la préférence de la clientèle locale. Dans les années 1920-30 en France, les décorateurs utilisèrent à leur tour ce vert galuchat en harmonie avec le macassar et le palissandre des bois sombres alors en vogue. 

Conscients du potentiel économique de ces objets d’une exquise délicatesse, après plusieurs siècles de tergiversations, les japonais consentirent à partager ce savoir faire avec les occidentaux. Ainsi, le same et le samegawa allaient séduire le monde. 

LES MILLES ET UNE VIES DES SAMES

Les peaux étaient triées par qualités, les plus belles étaient destinées au marché intérieur. Elles furent très prisées par les samouraïs qui avaient remarqué que la rugosité des peaux gainant les poignées des sabres améliorait leur prise en main. Ce matériau servit aussi à renforcer la protection des armures au niveau des épaules, les pointes de lances venant buter contre ces robustes écailles arrondies. La clientèle particulière, nobles et courtisans, s’intéressa à ces petits objets du quotidien que la délicatesse de ce gainage rendait précieux. 

APRÈS LE SUPERFLU, LE FONCTIONNEL

Les peaux de médiocre qualité étaient mises au rebut, les déchets et les chutes étaient transformées en outils fonctionnels sans être tannées en totalité ; simplement grattées, lavées et séchées pour ne pas pourrir. Une fois sèches, leur rugosité servait d’abrasif pour les ponçages délicats ou le polissage de matières dures comme l’ivoire, la pierre ou certains bois, un outil indispensable aux charpentiers, ébénistes et bijoutiers. Diverses utilisations ont été répertoriées, plus improbables les unes que les autres : avant l’apparition du papier de verre, elles servirent de grattoirs latéraux sur les premières boites d’allumettes. Les marins utilisaient ces peaux pour récurer les casseroles, une simple plaquette de bois recouverte de peau de requin servait et sert encore à rapper des racines dures comme le wasabi.

 UNE IDEE D’UPCYCLING BIEN AVANT L’INVENTION DU MOT

« Ce qui a été est ce qui sera, ce qui s’est fait est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil » Kohélet, ancien Testament. « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau » Anaxagore, philosophe grec. Revu par Lavoisier, cela donne « rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme ». Voilà qui sied comme un gant au galuchat. La peau des poissons cartilagineux considérée comme des déchets de la pêche, récupérée, triée, tannée devient cuir, un cuir solide, imputrescible. Les artisans utilisèrent pendant des siècles ce matériau sans savoir qu’ils redonnaient une seconde vie à un sous-produit. 

LE SAME NURI OU L’ART DU CAMOUFLAGE

Les peaux de qualité intermédiaire, incompatibles avec la perfection recherchée par les clients japonais, étaient soumises à un certain nombre d’opérations de “maquillage“ avant de recouvrir boites étuis ou meubles, généralement destinés à l’exportation. Considéré au Japon comme un art, le same nuri est une technique qui intervient au dernier stade de la préparation des peaux. Après un ponçage méticuleux, c’est un travail de précision destiné à détacher les denticules de leur support. Les “perles“ seront ensuite disposées selon un arrangement prévu par l’artisan sur une surface recouverte de laque (meuble ou objet) avant son séchage complet. Cette technique permet de gainer plus aisément de grandes surfaces pour le mobilier en particulier, supprimant les coutures disgracieuses entre les peaux et réduisant le coût de production. Son succès fut incontestable auprès d’une clientèle étrangère, friande d’exotisme et de nouveautés, mais peu sensible à la technique. 

 AU XVIe SIÈCLE, LES PEAUX DE SELACIENS DEBARQUENT EN EUROPE 

Les marchands portugais, anglais, hollandais établis au Japon, aux Indes et en Indonésie importèrent ces peaux dès le XVIe siècle en Europe. On ne trouve pas de traces avérées de l’utilisation de peau de requin avant cette période. Albrecht Dürer relate dans ses comptes l’achat d’objets divers couverts de peau de poisson venant des “Indes“.  Vendues comme peaux de requins de Chine puis peaux de chien de mer, à la fin c’est le terme galuchat qui prit le pas sur toutes ces dénominations en France.

PECHEURS OU CHASSEURS DE PEAUX DE CHIENS DE MER ?

Les sources divergent quant à l’origine de ce nom. Les peuples latins avaient attribué à ce type de requin le nom de scyliorhinus caniculus, chien au long nez. La filiation entre caniculus et chien est évidente.

En observant le déplacement et la manière de chasser en groupe des roussettes, la comparaison est aisée avec les meutes de chiens de chasse à courre.   

Voilà le mystère des peaux de chiens de mer résolu. Les anglais, avec dogfish, semblent, pour une fois, du même avis. Il faudra attendre, pour que cette dénomination de peau de chien qui dévalorisa ce matériau, soit oubliée et remplacée plus élégamment par galuchat. Il est vrai que dans un premier temps, seules les peaux de qualité inférieure étaient exportées, et leur utilisation était réduites à la portion congrue en Europe. 

NINI PEAU DE CHIEN : UNE ENIGME RESOLUE

Nini peau d’chien

Nini “une jeune fille“ du quartier de la Bastille à Paris, bastion des ébénistes jusqu’au milieu du XXe siècle, vendait, outre ses charmes, des peaux de chiens de mer, rudes et granuleuses à souhaits aux artisans, ses voisins. Et voilà comment “Nini peau d’chien“ que l’on aimait bien acquit la célébrité grâce à une chanson d’Aristide Bruant et aux sélaciens.

LE SIEUR JEAN CLAUDE GALLUCHAT ENTRE EN SCENE

Le nom de Jean Claude Galluchat est devenu, en français, un mot éponyme de la matière, sinon de la technique. Les anglais persistent et signent, préférant le mot shagreen et toute son ambiguïté.

Bien qu’il ne fut ni l’inventeur d’une méthode d’affinage des peaux, ni le premier à gainer des objets et des meubles avec ces peaux, ni le gainier officiel du roi Louis XV, il fut un maître artisan gainier de grand talent qui développa une technique   de tannage de ces  peaux de poissons, jusque là  majoritairement équarries et séchées. Il exploita avec succès une technique que l’on nomma galuchat doublé. Après un ponçage extrême, la peau de requin à petits grains devenait lisse et quasi translucide. Il était alors possible, en intercalant entre le support à gainer et la peau, une feuille de papier préalablement trempée dans une solution d’acétate de cuivre(vert de gris) qui communique ce ton si particulier au galuchat afin de lui donner “une impression colorée“.  Mais il fut surtout l’homme qui sut valoriser le galuchat en Europe, habillant des objets d’un manteau de perles de silices, tantôt blanches et espacées, tantôt colorées, petites et resserrées.  

La chance de Galluchat, outre ses qualités professionnelles, fut d’avoir eu comme clients des personnalités fort influentes à la cour de France. Ainsi, madame de Pompadour née Jeanne Antoinette Poisson (ça ne s’invente pas), favorite de Louis XV, se prit d’amour pour ces objets précieux gainés de cuir de poisson, au point de donner au sieur Galluchat une postérité inespérée, non par des lettres de noblesse, ni par une ligne dans le who’s who de l’époque, mais par une entrée dans le dictionnaire des noms communs, ce qui augure d’une longévité plus certaine.

LE VRAI ET LE FAUX 

Le vrai galuchat ne devrait être associé qu’à la peau dite à gros grains de la raie hypolophus sephen, dont la surface couverte de papilles calcifiées est similaire à des perles. 

Le faux galuchat, dit à petits grains, est la peau du requin roussette, plus commune. Les artisans, pour la travailler et accroitre sa souplesse, la poncent à l’extrême jusqu’à la rendre presque lisse. Ainsi, sa finesse permet de gainer plus aisément des surfaces aux formes arrondies. Jean Claude Galluchat utilisa les deux, mais avec des techniques différentes.

SALAMANDRE VERSION SQUALE

C’est un parcours chaotique que suit ce matériau qui ne ressemble à aucun autre. Aux périodes fastes suivirent des traversées du désert. Mais la magie opéra à plusieurs reprises, faisant réapparaître, sous l’égide de personnalités prestigieuses, de maîtres artisans, de grands couturiers ou d’ébénistes d’avant-garde cette matière insolite. Le « galuchat » même galvaudé, renaîtra tel le phenix : 1762, Galuchat ; 1871, Real et les meubles de la chambre de Napoléon III aux Tuileries gainés en galuchat ; 1912, la commode bois et galuchat  pour Paul Poiret ;  1999, la collection de chaussures de J.P. Gaultier ; les années 2020 tissus motif galuchat collection Jim Thomson

LA VERTU DES IMPONDERABLES

Oubliée la recette, passée de mode, le galuchat refit soudain surface en 1910 à l’occasion d’une rencontre fortuite entre le talentueux et extravagant illustrateur décorateur Paul Iribe et un étui en galuchat à gros grains verts contenant un nécessaire de géomètre. Intrigué par ce matériau, il se laissa séduire par son toucher et son originalité. Quelques mois plus tard, il apprit qu’un vieux stock de peaux de poissons dormait dans le grenier de l’ancienne maison Real, ce gainier qui fit des meubles pour Napoléon III. Il en fit l’acquisition et l’idée de gainer des meubles qu’il dessinera et dont il confia la réalisation à Clément Rousseau, sculpteur de formation, qui va mettre en pratique l’application du galuchat sur meubles après maintes recherches car les techniques s’étaient perdues.

LUXE CALME ET VOLUPTE

 En1912, c’est une commode garnie de galuchat destinée au couturier J. Doucet qui sortit de l’atelier de Rousseau. Un chef d’œuvre qui fait partie des collections du M.A.D. de Paris.  Suivra la mode des années 20/30 la bien nommée période art déco qui fit voir un galuchat de toutes les couleurs.

LE SAME KOME, UN MOTIF VERTUEUX A LA MODE VEGAN

Si de plus en plus de grands noms de la Haute Couture et de la maroquinerie de luxe renoncent à utiliser dans leurs collections de vêtements et de maroquinerie des peaux d’animaux exotiques, estimant que la filière d’approvisionnement ne répond pas à leurs exigences d’éthique, il fut une période plus faste pour le galuchat puisque des créteurs mirent en exergue des modèles aussi excentriques qu’extra ordinaires : « Teint, il donne un bel effet lumineux et pailleté qui se marie parfaitement avec l’esprit de ma dernière collection (de chaussures) » Jean Paul Gaultier, in l’Orient le Jour 1999 Cette période est révoulue et le travail  des créateurs consiste désormais à trouver une porte de sortie honorable, une version plus déontologique des produits de luxe. Les recherches se tournent vers l’innovation technique et technologique pour un univers plus « vert » que le vert du galuchat. 

Les nouveautés en matière de tissus d’ameublement et de papier peint surfent sur la tendance nature et redécouverte. Ainsi, le same komon devint un must dans ce domaine. Plus de pêche intensive, mais des motifs similaires au galuchat sur papier peint ou imprimés sur des cotonnades. Moins régulier que les pois, plus discret que les polka dots, c’est un motif élégant et intriguant.

Si cet article vous donne envie de revoir la décoration de votre intérieur, avec un papier peint au motif galuchat sachez que les grands noms de la décoration vous déroulent le tapis rouge, sur le blog d’etoffe.com.

Ecrire, c’est un peu tisser : les lettres, en un certain ordre assemblées, forment des mots qui mis bout à bout, deviennent des textes. Les brins de fibres textiles maintenus ensemble par torsion forment des fils qui, en un certain ordre entrelacés, deviennent des tissus…Textile et texte, un tête à tête où toute ressemblance n’est pas fortuite. Il est des civilisations qui transmettent leur culture par l’écriture, d’autres par la parole, d’autres encore, par la parole écrite avec un fil. Entre le tissu et moi, c’est une histoire de famille. Quatre générations et quatre manières différentes de tisser des liens intergénérationnels entre les étoffes et les « textilophiles ». Après ma formation à l’Ecole du Louvre et un passage dans les musées nationaux, j’ai découvert les coulisses des étoffes. Avec délice, je me suis glissée dans des flots de taffetas, avec patience j’ai gravie des montagnes de mousseline, avec curiosité j’ai enjambé des rivières de tweed, pendant plus de 35 ans, au sein de la société De gilles Tissus et toujours avec la même émotion. J’eus l’occasion d’admirer le savoir faire des costumes designers qui habillent, déguisent, costument, travestissent les comédiens, acteurs, danseurs, clowns, chanteurs, pour le plus grand plaisir des spectateurs. J’ai aimé travailler avec les décorateurs d’intérieurs toujours à la recherche du Graal pour leurs clients. Du lange au linceul, le tissu nous accompagne, il partage nos jours et nos nuits. Et pourtant, il reste un inconnu ! Parler chiffon peut parfois sembler futile, mais au-delà des mots, tissu, textile, étoffe, dentelle, feutre, tapisserie ou encore broderie, il est un univers qui gagne à être connu. Ainsi, au fil des ans les étoffes sont devenues des amies que j’ai plaisir à vous présenter chaque mois sur ce blog de manière pédagogique et ludique. Je vous souhaite une belle lecture.

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1 Response

  1. Cela fait plaisir de lire un article consacré au cuir de galuchat.
    Étant maroquinière, il y a très peu d’articles et de livres parlant de ce sujet si passionnant et mystérieux autour de ce cuir.

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