Author: Catherine GOLDMAN

Ecrire c’est un peu tisser, les lettres forment des mots qui mis bout à bout forment un texte. L’écriture, c’est une certaine manière de tisser des liens avec le lecteur. Ecrire et tisser, une histoire commune comme le tissu et moi sont une histoire de famille. Quatre générations et quatre manières différentes de tisser des liens intergénérationnels entre les étoffes et les textilophiles. Après ma formation à l’Ecole du Louvre, c’est avec passion que j’ai découvert les coulisses des étoffes, c’est avec délice que je me suis glissée dans des flots de taffetas, c’est avec une exquise émotion que j’ai gravie des montagnes de drap de laine, c’est avec curiosité que j’ai enjambé des rivières de mousselines. J’ai aussi fait de beaux rêves dans des métrages d’organza et, avec émerveillement durant plus de 35 ans, au sein de la société De gilles Tissus, j’ai pu admirer l’extraordinaire travail des créateurs et créatrices de costumes qui habillent, costument, travestissent, comédiens, acteurs, danseurs, chanteurs, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Les lettres en un certain ordre assemblées forment des mots ; les fils en certain ordre entrelacés deviennent des tissus… Textile et texte, toute ressemblance ne serait pas fortuite. Il est des civilisations qui transmettent leur culture par l’écriture, d’autres par la parole ; d’autres enfin, par une parole écrite avec un fil. Le tissu devient alors une écriture et couper le fil peut être un acte barbare. Couper le fil c’est couper le cours de la vie. C’est toute la différence entre les vêtements drapés comme les ponchos ou les saris et les vêtements coupés cousus comme les manteaux ou les pantalons. Bien sûr, tout le monde est capable de mettre une image sur le terme tissu, sans doute parce que du lange au linceul, il nous accompagne chaque jour et chaque nuit de notre vie. Et pourtant ! l’univers textile est bien plus complexe qu’on ne l’imagine. Parler chiffon peut parfois sembler futile, mais au delà des mots, tissu, textile, étoffe, dentelle, feutre, tapisserie ou encore broderie, il y a tout un univers qui mérite d’être mis à jour. Ainsi, au fil des ans les étoffes sont devenues mes amies. Découvrir autrement le monde textile, décrypter les secrets des fibres, connaître la petite histoire des grands tissus. Transmission, partage, découverte, voilà le but de ce blog.

L’histoire de la Mousseline

En choisissant ce thème je n’imaginais pas la richesse du parcours historique de ce tissu, toutes les conséquences économiques et politiques de son quasi monopole, ni les aventures humaines qui se sont tramés entre les fils ténus de cette étoffe arachnéenne. Alors oui, la mousseline mérite bien ces quelques lignes, l’occasion de lever « un voile de brume » sur cette année 2020 si particulière.

 La Ramie, une fibre textile aux multiples facettes

« LES SANGLOTS LONGS DE L’AUTOMNE… » L’automne c’est habituellement l’heure d’hiver, le soleil qui frise l’horizon, le vert des feuilles qui passe au rouge, l’automne c’est une saison intermédiaire qui incite au calme, à la réflexion, mais l’automne 2020 c’est le confinement qui chamboule les emplois du temps, qui entraine un changement de paradigme, et surtout un espace temps propice aux voyages immobiles et… aux découvertes textiles.

Toile de Soie aux nuages parfumés

« Toile de soie aux nuages parfumés », c’est sans doute pour moi le plus beau des noms donnés à cette étoffe. Il évoque cette notion picturale si particulière à la peinture chinoise, avec cette nature baignée dans une brume éternelle, ses nuages bas, ces ciels tourmentés et la présence à minima de l’homme. Malgré toute cette construction, le silence domine dans ces peintures et c’est aussi ce que je ressens en observant cette soie.