Le Lampas, une étoffe d’exception

Morosité, inquiétude, avenir incertain, une période qui s’inscrira dans nos mémoires. Partant de ce constat, j’ai trouvé dans la mémoire des tissus, une étoffe qui fut à son apogée dans les premières années du règne de Louis XV : le lampas fut et demeure un véritable cri d’amour pour la soie. 

LAMPA(S)

Le lampas (le « s » est muet de même que dans Damas) est une étoffe de soie à la technique de tissage complexe : c’est un façonné qui peut être de fils d’or et d’argent. Les motifs apparaissent en relief avec des couleurs différentes de celles du fond. Les lampas sont des supports soyeux qui offrent aux peintres-dessinateurs-cartonniers comme Philippe de Lasalle l’opportunité d’exercer leur talent.

Soie Lampas Tolède – Tassinari et Chatel

LUXE ET VOLUPTE

Le XVIIIe, siècle des lumières, nous éclaire d’une manière magistrale l’univers textile, tant au niveau de l’habillement que de la décoration d’intérieur.

Mobilier, architecture, décor, tout est prétexte au luxe alors que les étoffes dispendieuses s’étalent sans vergogne sur les murs des demeures royales. Les lampas encadrent les fenêtres, recouvrent les sièges, se glissent dans le vestiaire féminin et deviennent les vedettes des grandes fêtes princières. 

C’est encore une période où se ruiner pour un habit de cour était chose presque courante. Aujourd’hui, il faut être reconnaissant à ces clients qui ont agi en véritables mécènes sans le savoir, permettant aux manufactures lyonnaises et tourangelles de se développer et de prospérer en tissant ces merveilles.

UNE ÉTOILE EST NÉE ILLUMINANT L’UNIVERS TEXTILE 

D’origine incertaine, d’aucuns rapprochent lampas du mot francisque « labba » lambeau, morceau d’étoffe déchirée. Puisque rien n’est évident, une autre étymologie me séduit davantage : lampas du grec « lampas » qui évoque une flamme, plus spécifiquement celle d’une torche. De torche on imagine lumière, reflet, brillance. Or, qu’elle est la particularité du lampas si ce n’est justement de flamboyer sous l’effet d’un rayon lumineux ?  

IMAGINEZ

On peut comprendre que les effets visuels des lampas, soit sur des vêtements, soit en tentures murales, aient été sources d’inspiration pour bon nombre d’artistes-peintres. Parmi « les tissus d’art », le lampas tient une place d’honneur. Il cumule les superlatifs avec la noblesse des fils de soie, le luxe des fils d’or et d’argent et l’ampleur inhabituelle de son décor.

Imaginez les bouquets de roses qui s’animent sur les robes au rythme de la lumière vacillante de centaines de bougies et de torches mille fois répétées dans les 137 miroirs (made in France et non pas importé de Venise) de la célèbre galerie des glaces du château de Versailles.  

Imaginez des fenêtres masquées par de volumineux rideaux en lampas dans une pièce éclairée par les flammes désordonnées des chandelles ou des bûches crépitant dans la cheminée. On y découvre d’étranges silhouettes d’animaux qui se cachent et se dévoilent joyeusement entre les plis amples et somptueux de l’étoffe.

Imaginez ces années folles où les tissus étaient rois, où les étoffes étaient des trésors, où la créativité des artistes était sans limite, où les inventeurs avaient tant de choses à découvrir.

Bien sûr, on peut imaginer que ceci n’est que l’endroit du miroir qui reflète un pan de la société capable de posséder de telles merveilles. Pour autant, personne n’oublie que de l’autre coté du miroir se trouve un envers plus sombre, rarement illuminé par les reflets de la soie, seul objet de gagne-pain de ceux qui transforment le fil en lampas. 

Imaginez que le lampas soit une “partie“ de campagne parce que je tiens à terminer ce chapitre sur une note plus florale. Pour moi, une telle étoffe s’apprécie par tous les sens : la vue et le toucher évidemment, mais l’odorat n’est pas en reste car intuitivement, il fait appel à notre mémoire sensorielle, bien plus riche que vous ne l’imaginez. Puisez dans votre imaginaire et, si vous jouez le jeu, ces bouquets de fleurs des champs et de fougères, de ces brassées de roses débordant des corbeilles en osier vous  offriront les fragrances printanières jusqu’à vous étourdir.

Tissu Lampas Jardin d'hiver - Tassinari et Chatel
Tissu Lampas Jardin d’hiver – Tassinari et Chatel

LES COULISSES DE LA CRÉATION 

Si le tissage des façonnés, Samit, Damas ou Lampas réclamait un matériel complexe qui se perfectionna au cours des siècles, les alignements réguliers de petits motifs à l’effet statique furent peu à peu abandonnés au profit de dessins en quinconce préfigurant le mouvement. 

Il fallut le perfectionnement des métiers à bras au XIe siècle pour que la fabrication des lampas à grands motifs devînt possible. 

Au XVIIe siècle, plusieurs armures furent utilisées pour le tissage d’une même étoffe : satin pour le fond, sergé pour les motifs. Ceci allait donner au lampas son éclat si particulier.

Ces modifications ne furent rendues possibles que par les améliorations techniques apportées au tissage et au filage. 

Ainsi, avec des fils de soie plus fins, fut-il possible d’augmenter le nombre de fils en chaine, ce qui eut pour conséquence d’accroître le nombre de croisures des fils, rendues presque invisibles. Le contour des motifs obtenus par tissage était de plus en plus précis. 

Jusqu’à l’invention de la mécanique programmable à cartes perforées par Jacquard (1801), les lampas furent tissés sur ces métiers dits  à la grande tire. Au XXIe siècle, la fabrique lyonnaise Prelle perpétue le tissage traditionnel sur des métiers manuels pour la reproduction de tissus anciens ; d’autres sociétés proposent des lampas en soie ou en fibres mélangées, tissées sur des métiers mécaniques, mais en ce qui concerne la couleur, l’emploi des colorants naturels a été abandonné au profit des matières colorantes de synthèse plus stables et plus régulière. Pour mémoire, la synthèse de l’indigo fut découverte en 1880.  

LE LAMPAS : UN PATRIMOINE INDUSTRIEL ET CULTUREL 

Une étoffe n’a pas vocation à appartenir à un pays, au contraire, c’est la multitude de contacts qui contribue à son évolution. Ainsi, les pérégrinations des lampas, des siècles durant, le sublimèrent. Chaque étape apporta sa pierre et améliora le résultat et, petit à petit, le lampas parvint à la perfection au XVIIIe siècle. 

Par nature, les étoffes jouent un double rôle : ornemental et utilitaire ; c’est pourquoi elles sont le reflet de l’esthétique d’une société à un instant T. 

D’UN MONDE À L’AUTRE 

Né en Chine, soie oblige, le lampas fut adopté par les Perses. La ressemblance entre lampas, damas et samit n’est pas fortuite, tout laisse à penser que ces tissus ont séjourné dans les ateliers de tissages perses.

Au Xe siècle, le lampas s’installa dans les ateliers impériaux byzantins alors en plein essor. Il se substitua au samit, tissu précieux s’il en est, mais d’une facture plate. 

Fin XVe siècle, après la chute de Constantinople, le lampas repartit vers d’autres aventures. Il trouva un accueil favorable en Toscane, auprès des tisserands de Lucques spécialisés dans les soieries dites diaprées. Le mot diapré vient du vieux français diaspre qui signifie « drap fleuri ». Les motifs tissés en armure satin étaient ton sur ton, donc brillants, sur fond de taffetas, plus mat.

Au XVIIe siècle, en Europe, Lucques et Palerme se partageaient encore le travail de la soie avec Lyon. Les importations de produits de luxe prenaient de plus en plus d’importance, au risque de ruiner l’économie du royaume. Colbert n’eut de cesse que de faire pencher la balance du commerce extérieur en faveur de la France. Des conditions financières avantageuses furent proposées aux tisserands italiens pour les inciter à s’installer dans le royaume de France et de partager leur savoir-faire.

Au XXIe siècle, Lyon prit la relève de l’Italie et devint le haut lieu de la fabrication du lampas.

Le lampas fut l’une des plus somptueuses étoffes réalisées sous le règne de Louis XV. Sa magnificence fut à son comble lorsque des motifs brochés avec des fils d’or et d’argent vinrent l’enrichir.

Au XIXe siècle, l’industrie textile était en pleine évolution et les avancées techniques bénéficièrent au lampas dont la gamme s’agrandit, les soyeux proposant un lampas  “taille douce“ comportant une troisième chaîne qui modifiait par endroits la coloration des effets de trame. 

Avec le tissage mécanique, le prix des lampas fut réduit et la production accrue. Ces modifications permirent de toucher une nouvelle clientèle et, tel le phœnix, le lampas renaquit de ses cendres, faisant une entrée triomphale dans la décoration des demeures bourgeoises et déployant son prestige dans la garde-robe des classes moyennes. Sous le règne de Louis–Philippe, le lampas ne fut pas oublié. Il se distingua par une nouvelle gamme colorée, des motifs clairs se détachèrent sur un fond plus sombre les violines, les bleus, les pourpres dominaient. Ce fut l’avènement des colorants de synthèse. Désormais, la chimie allait intervenir dans la teinture des étoffes et, notamment, des soieries lyonnaises. Outre les soies noires qui eurent un succès indéniable, la variété des nuances fut exploitée et adoubée par la clientèle. La coexistence des colorants naturels et chimiques perdura encore quelques années puis ce furent les colorants chimiques qui l’emportèrent. Ce fut une avancée intéressante, mais au bout de l’aventure, la production en grande série de textiles de qualité moindre ne fut pas bénéfique pour le consommateur.  Aujourd’hui, on se rend compte que certains produits chimiques utilisés en teinture sont à l’origine d’allergies cutanées, mais la machine est en marche et il est difficile de la stopper.

DES ROBES ET GILETS AUX SIÈGES ET RIDEAUX

Dès le XVIIe siècle en France, le lampas trouva ses interlocuteurs parmi les aristocrates et dans les maisons menant « grand train » car, de tout temps, la soie était un produit hors norme, réservé à une population privilégiée.

Le lampas fut longtemps cantonné au secteur vestimentaire, qui donnait une lisibilité aux petits motifs mais, dès lors que les dessins prirent des dimensions extravagantes, il se fit admettre dans le cercle très privé des tissus d’ameublement de luxe, place qu’il conserve encore aujourd’hui.  

Robe volante lampas de soie, vers 1730. - ©Julien Vidal/ Palais Galliera
Robe volante lampas de soie, vers 1730. – ©Julien Vidal/ Palais Galliera


LAMPAS VERSUS DAMAS

Le lampas est réalisé avec deux armures différentes : une pour le fond en satin, une pour le dessin réalisé en taffetas ou sergé ce qui n’est pas le cas pour le damas qui est réalisé avec une seule armure mais qui se lit différemment sur les deux faces.

Le lampas n’est pas réversible, son envers est mat et les dessins n’y apparaissent pas. Soit les fils de trame, utilisés au cours du tissage pour la réalisation des motifs, sont flottant sur l’envers, soit l’envers est marqué par la présence de rayures colorées obtenues par les fils utilisés pour créer les motifs (autant de rayures que de couleurs utilisées et, parfois, les rayures se superposent), ce qui n’est pas le cas pour le damas qui peut être utilisé sur les deux faces différentes. 

Les motifs des lampas se détachent en léger relief sur un fond satin produit par la chaîne principale, ce qui n’est pas le cas pour les damas dont la surface est plate.

Le tissage du lampas offre une liberté technique au tisserand qui permet des combinaisons illimitées, la technique du tissage des damas est plus restrictive.

Le lampas est un tissu multicolore, réalisé avec des fils de couleurs différentes pour le fond et les motifs ; les damas ont, au maximum, deux couleurs une pour la chaine une pour la trame.

Le vocabulaire décoratif des lampas est riche et les motifs aussi extravagants que bizarres. La technique du tissage réduit l’ampleur du vocabulaire décoratif des damas.

UN MONDE EN “FURIE“     

A la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, l’inspiration des cartonniers est débordante et les tisserands succombent sous le nombre des motifs nouveaux. C’est le moment de rassembler les esprits et de mettre un peu d’ordre dans les catégories d’étoffes historiées.

LES BIZARRERIES CATÉGORIELLES

La production de lampas dans les années 1700-1720 se divise en deux grandes familles :

Les lampas dits à dentelles qui désignent tous les tissus à décors symétriques. Le fond, décoré de feuillage ou de délicats losanges, se mêle aux motifs floraux, donnant l’impression qu’une dentelle était appliquée sur la surface de l’étoffe. Les fils d’or et d’argent étaient parfois utilisés pour délimiter le motif.

Les lampas dit bizarres, regroupent les étoffes à décors asymétriques dérivant des éléments de décors des étoffes du XVe siècle. Les motifs alignés étaient orientés alternativement à gauche puis à droite. 

Mais la réalité est machiavélique : il existait, en effet, des lampas à dentelle dont le décor était asymétrique et des bizarres dont le décor était on ne peut plus symétrique.

UNE ASSOCIATION GAGNANTE : LE SENS ARTISTIQUE DES DESSINATEURS ET LA DEXTÉRITÉ DES TISSERANDS  

La première partie du règne de Louis XV fut “l’âge d’or“ des étoffes précieuses de soie mêlées de fils d’or tissées dans les manufactures lyonnaises.

« N’oublie jamais, ô Lyon, que c’est à tes dessinateurs que tu dois en grande partie la prospérité de tes manufactures et que c’est à eux que tu es redevable de ces miracles de l’industrie que chaque jour voit éclore en ton sein » Pierre Berthelon 1787.

CRÉATEUR DE MOTIFS POUR LE TISSAGE DE LA SOIE DEVINT UN MÉTIER  

Après des études couronnées par un diplôme des dessinateurs- peintres et cartonniers firent de brillantes carrières et leurs noms résonnent encore au firmament des célébrités lyonnaises.

Philippe de Lasalle conçut de somptueuses compositions aux couleurs lumineuses pour la fabrique Pernon. Outre ses compétences techniques, il dut son succès à son sens artistique, à sa conception novatrice du mélange des couleurs et à l’originalité de ses compositions surprenantes caractérisées par une économie de moyens : peu de motifs mais de grandes tailles qui couvraient la quasi totalité de la surface du tissu.

Pierre-Tousaint Dechazelles mit son talent au service du cabinet des dessins de la maison Prelle. Jean François Bony s’illustra sous le premier Empire en réalisant, entre autres, des dessins pour des tentures impériales et les dessins broderies du costume de sacre de Joséphine. 

COMMANDES ROYALES ET IMPERIALES DES COURS EUROPEENNES

Les commandes affluaient de toute l’Europe. Ainsi, Philippe de Lasalle fit les cartons pour un lampas célèbre destiné pour le palais de la Grande Catherine à Saint Petersbourg « tenture aux cygnes, paons et aux faisans ».

Pour Marie-Antoinette, il travailla sur diverses commandes, notamment pour un lampas broché à fond vert et décoré d’abeilles devant servir à recouvrir des sièges en bois doré pour des soieries destinées à la chambre de la Reine à Fontainebleau ; elle n’eut pas l’occasion de les voir. Ces lampas furent récupérés pour la décoration d’une pièce du château de Malmaison, alors palais de l’impératrice Joséphine.

Le lampas broché de la chambre de l’Impératrice - Château de Fontainebleau
Le lampas broché de la chambre de l’Impératrice – Château de Fontainebleau

Les commandes faites à la fabrique Camille Pernon concernèrent tout autant le roi Louis XVI en 1785 : un lampas au motif de bouquet de fleurs et de fougères sur fond canetillé pour la chambre de Louis XVI au château de Compiègne. Il semble que cette soie fut voyageuse puisqu’on la retrouve quelques décennies plus tard au Palais du Luxembourg à Paris puis, dernière nouvelle, elle aurait trouvé un point de chute dans un rendez vous de chasses dans le domaine de Rambouillet.

LES ARCHIVES : UNE SOURCE D’INSPIRATION  

Les soyeux, lyonnais ou tourangeaux, conservaient précieusement dans leurs archives les motifs exclusifs qu’ils créaient. C’est ainsi que l’on à pu retrouver dans les archives départementales d’Indre et Loire, des échantillons de soie dans leurs enveloppes scellées tels qu’ils y avaient été déposés dans la seconde moitié du XIXe siècle par les soyeux tourangeaux pour les enregistrer auprès du greffe des prud’hommes. Il y avait là un lampas en trois couleurs dit « médaillon Louis XVI » : rouge cramoisi pour le fond et vert et crème pour le bouquet et le médaillon. Ce modèle fut déposé par la maison Pillet et Croué en 1861. 

Aujourd’hui, les lampas de soie demeurent des étoffes quasi inaccessibles pour le commun des mortels, mais leurs beaux jours ne sont pas comptés. Outre les institutions officielles, des particuliers nantis s’enorgueillissent de décorer leurs demeures, les salons de leur yachts ou les cabines de leurs jets avec cette étoffe qui représente une part, infime peut être, mais indéniable du patrimoine culturel « mondial ».

Seules quelques fabriques « historiques » peuvent proposer de telles étoffes. G. Le Manach, Lelievre, Tassinari et Chatel ou Prelle sont à même de relever le défi de reproduire à l’identique des tissus anciens pour des restaurations dans le domaine public ou privé. Les principaux commanditaires demeurent le mobilier national, les monuments historiques, le ministère de la culture, ainsi que des clients étrangers du même acabit. Techniquement, la réalisation de lampas ne pose pas de problème, il existe encore quelques tisserands formés à ce travail méthodique et long qui officient sur des métiers à tisser manuels.

Tissu Parade Oiseaux – Lelièvre

Les éditeurs de tissus d’ameublement de luxe ont détourné les difficultés liées au prix de revient et au temps passé en remplaçant les métiers à tisser à la tire par des métiers mécaniques. Déjà au XVIIe siècle, les soyeux avaient eurent recourt à une stratégie commerciale couronnée de succès en proposant la lampasette ou damas économique : type de damas trame de lin et chaîne de soie.

Curieux, passionnés ou simples amateurs de belles étoffes, vous venez de découvrir une pépite de l’univers textile. Allez dans les musées admirer les toiles des maitres du XVIIIe siècle, parcourez les allées des salons des créateurs de tissus d’ameublement, rendez vous dans les expositions ou promenez-vous sur le site d’etoffe.com.

Ecrire c’est un peu tisser, les lettres forment des mots qui mis bout à bout forment un texte. L’écriture, c’est une certaine manière de tisser des liens avec le lecteur. Ecrire et tisser, une histoire commune comme le tissu et moi sont une histoire de famille. Quatre générations et quatre manières différentes de tisser des liens intergénérationnels entre les étoffes et les textilophiles. Après ma formation à l’Ecole du Louvre, c’est avec passion que j’ai découvert les coulisses des étoffes, c’est avec délice que je me suis glissée dans des flots de taffetas, c’est avec une exquise émotion que j’ai gravie des montagnes de drap de laine, c’est avec curiosité que j’ai enjambé des rivières de mousselines. J’ai aussi fait de beaux rêves dans des métrages d’organza et, avec émerveillement durant plus de 35 ans, au sein de la société De gilles Tissus, j’ai pu admirer l’extraordinaire travail des créateurs et créatrices de costumes qui habillent, costument, travestissent, comédiens, acteurs, danseurs, chanteurs, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Les lettres en un certain ordre assemblées forment des mots ; les fils en certain ordre entrelacés deviennent des tissus… Textile et texte, toute ressemblance ne serait pas fortuite. Il est des civilisations qui transmettent leur culture par l’écriture, d’autres par la parole ; d’autres enfin, par une parole écrite avec un fil. Le tissu devient alors une écriture et couper le fil peut être un acte barbare. Couper le fil c’est couper le cours de la vie. C’est toute la différence entre les vêtements drapés comme les ponchos ou les saris et les vêtements coupés cousus comme les manteaux ou les pantalons. Bien sûr, tout le monde est capable de mettre une image sur le terme tissu, sans doute parce que du lange au linceul, il nous accompagne chaque jour et chaque nuit de notre vie. Et pourtant ! l’univers textile est bien plus complexe qu’on ne l’imagine. Parler chiffon peut parfois sembler futile, mais au delà des mots, tissu, textile, étoffe, dentelle, feutre, tapisserie ou encore broderie, il y a tout un univers qui mérite d’être mis à jour. Ainsi, au fil des ans les étoffes sont devenues mes amies. Découvrir autrement le monde textile, décrypter les secrets des fibres, connaître la petite histoire des grands tissus. Transmission, partage, découverte, voilà le but de ce blog.

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