{"id":4095,"date":"2020-12-14T11:49:19","date_gmt":"2020-12-14T10:49:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/?p=4095"},"modified":"2021-02-08T12:04:06","modified_gmt":"2021-02-08T11:04:06","slug":"lhistoire-de-la-mousseline","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/2020\/12\/lhistoire-de-la-mousseline\/","title":{"rendered":"L&rsquo;histoire de la Mousseline"},"content":{"rendered":"\n<p>En choisissant ce th\u00e8me je n\u2019imaginais pas la richesse du parcours historique de ce tissu, toutes les cons\u00e9quences \u00e9conomiques et politiques de son quasi monopole, ni les aventures humaines qui se sont tram\u00e9s entre les fils t\u00e9nus de cette \u00e9toffe arachn\u00e9enne. Alors oui, la mousseline m\u00e9rite bien ces quelques lignes, l\u2019occasion de lever \u00ab&nbsp;un voile de brume&nbsp;\u00bb sur cette ann\u00e9e 2020 si particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>&nbsp;<strong>TISS\u00c9E DE FILS ET D\u2019AIR<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui n\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019une banale cotonnade fut, d\u00e8s l\u2019antiquit\u00e9 sublim\u00e9e par une technique de filage \u00e0 nulle autre pareille. Mousseline est un terme g\u00e9n\u00e9rique qui d\u00e9signe une toile de coton l\u00e9g\u00e8re a\u00e9r\u00e9e, vaporeuse, caract\u00e9ris\u00e9e par un tissage l\u00e2che utilisant l&rsquo;armure toile pour les fils de coton et taffetas pour les fils de soie. Les fils, extr\u00eamement fins, sont soumis \u00e0 un degr\u00e9 de torsion variable en fonction de la qualit\u00e9 d\u00e9sir\u00e9e, cr\u00e9ant ainsi une surface l\u00e9g\u00e8rement ondul\u00e9e, moussante comme la mer sur laquelle soufflerait une gentille brise et une opacit\u00e9 plus qu&rsquo;une transparence. G\u00e9n\u00e9ralement blanche et unie, elle peut \u00eatre teinte et figur\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/mousseline-de-coton-bio-blanc-agree-contact-alimentaire-1-1024x489.jpg\" alt=\"Mousseline de coton\" class=\"wp-image-4116\" width=\"697\" height=\"332\" srcset=\"https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/mousseline-de-coton-bio-blanc-agree-contact-alimentaire-1-1024x489.jpg 1024w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/mousseline-de-coton-bio-blanc-agree-contact-alimentaire-1-300x143.jpg 300w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/mousseline-de-coton-bio-blanc-agree-contact-alimentaire-1-768x367.jpg 768w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/mousseline-de-coton-bio-blanc-agree-contact-alimentaire-1.jpg 1256w\" sizes=\"(max-width: 697px) 100vw, 697px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>N\u2019EST PAS MOUSSELINE QUI VEUT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue des puristes, il n\u2019est de v\u00e9ritable mousseline que de coton d\u2019origine indienne. L\u2019appellation mousseline de soie ou de laine est impropre, ce sont des cr\u00eapes Georgette, chiffon ou cr\u00eape de laine<\/p>\n\n\n\n<p><strong>UNE FAMILLE NOMBREUSE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De d\u00e9couvertes en d\u00e9couvertes, je suis arriv\u00e9e \u00e0 la conclusion qu\u2019il n\u2019y a pas une mais des mousselines. Qu\u2019il s\u2019agisse de cotonnades plus raides, moins fines, plus ouvertes, moins granuleuses, plus appr\u00eat\u00e9es mais elles ont toutes un air de famille. En voici quelques unes&nbsp;: adatis, b\u00e9tille, jamdanis, nansouque, organdi, tarlatane, singalette, gingham, gaze.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ILLUSION FAITE TEXTILE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A la fin du XVIe si\u00e8cle une gangetic muslin d\u2019une finesse encore plus extr\u00eame fut cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019usage exclusif de l&nbsp;\u2018empereur Moghol Akbar et de sa suite, la bien nomm\u00e9e mul mul khas ou mousseline royale. Per\u00e7u comme un signe de pouvoir ce tissu fut aussi synonyme de l\u2019\u00e9l\u00e9gance de la cour moghol. On peut rapprocher ce sublime article du Shatush, \u00e9toffe de cachemire r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019usage du Sh\u00e2 de Perse. Cette \u00e9trange \u00e9toffe est complexe&nbsp;: \u00e0 la fois simple par sa mati\u00e8re premi\u00e8re et luxueuse par sa fabrication, exasp\u00e9rante \u00e0 fabriquer et presque impossible \u00e0 porter en public. Une l\u00e9gende raconte qu\u2019un jour l\u2019empereur moghol Aurangseb sermonna sa fille la voyant se pr\u00e9senter \u00e0 la cour nue, mais celle ci se d\u00e9fendit en expliquant que son v\u00eatement \u00e9tait constitu\u00e9 de sept \u00e9paisseurs de mul mul khas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>UNE FRAGILIT\u00c9 DE FACADE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sous son apparente vuln\u00e9rabilit\u00e9 la mousseline de Dhakka \u00e9tait dot\u00e9e d\u2019une solidit\u00e9 presque surnaturelle. Difficile d\u2019imaginer que ce prodige ait pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 par des mains humaines avec un mat\u00e9riel aussi rudimentaire. Le fil issu du phuti kharpas est le secret de cette r\u00e9sistance \u00e9tonnante. Artisanale ou industrielle, la solidit\u00e9 de la mousseline demeure un de ses atouts. Les fr\u00e8res Wright en furent conscients lorsqu\u2019ils choisirent en 1903, pour recouvrir les ailes de leur \u00ab&nbsp;Wright flyer&nbsp;\u00bb une mousseline de coton non blanchie et enduite pour la rendre imperm\u00e9able.<strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Wrightflyer-1024x466.jpg\" alt=\"Wright flyer, les fr\u00e8res Wright, 1903\" class=\"wp-image-4105\" width=\"709\" height=\"322\" srcset=\"https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Wrightflyer-1024x466.jpg 1024w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Wrightflyer-300x136.jpg 300w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Wrightflyer-768x349.jpg 768w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Wrightflyer-1536x698.jpg 1536w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Wrightflyer-2048x931.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 709px) 100vw, 709px\" \/><figcaption>Wright flyer, les fr\u00e8res Wright, 1903<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>LA MOUSSESLINE VERSION SOBRE&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De caribe en silla, la mousseline perdit de sa superbe pour devenir une \u00ab&nbsp;modeste&nbsp;\u00bb \u00e9toffe manufactur\u00e9e qui, plac\u00e9e au centre d\u2019un corsage pour cacher le d\u00e9collet\u00e9 \u00e9tait appel\u00e9e \u00ab&nbsp;modestie&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00e7a ne s\u2019invente pas&nbsp;! Oubli\u00e9 son aspect l\u00e9gendaire, biff\u00e9 son p\u00e9riple \u00e0 travers le monde, effac\u00e9 la subtilit\u00e9 de son filage artisanal. Pour le commun des mortels, ce n\u2019est qu\u2019une sorte de tamis assimil\u00e9 \u00e0 des pr\u00e9parations culinaires l\u00e9g\u00e8res. Il demeure dans l\u2019imaginaire populaire un souvenir de sa glorieuse \u00e9poque qui appara\u00eet dans un domaine qui semble tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 du textile lui aussi&nbsp;: les noces de mousselines qui c\u00e9l\u00e8brent le 36 e anniversaire de mariage, douceur et long\u00e9vit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>UNE ETYMOLOGIE CONTROVERSEE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La mousseline connue sous le nom de mousseline de Dakkha connue le succ\u00e8s depuis l\u2019antiquit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa quasi extinction au XIXe si\u00e8cle. Export\u00e9e vers l\u2019Empire romain depuis le port Machilipatnam, rebaptis\u00e9e Maisoli, d\u2019o\u00f9 l\u2019hypoth\u00e8se de certains de penser que mousseline soit une d\u00e9formation de Maisoli. Les activit\u00e9s commerciales entre les Indes et l\u2019Asie Centrale favorisaient l\u2019approvisionnement de cit\u00e9s comme Mossoul en Irak admirablement situ\u00e9e d\u2019un point de vue \u00e9conomique et devenue une sorte de d\u00e9p\u00f4t d\u2019ou partaient les produits indiens, dont la mousseline, vers les pays europ\u00e9ens via Venise. Il est couramment admis que mousseline viendrait de Mossoul. Ceci est la deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se. Au XVIIIe si\u00e8cle, des historiens proposent une version d\u00e9cal\u00e9e&nbsp;: mousseline serait une extension du mot mousse par analogie avec l\u2019aspect particulier de sa surface duveteuse d\u00fb \u00e0 la torsion des fils card\u00e9s. Il est vrai qu\u2019ils n\u2019avaient peut-\u00eatre pas eu entre les mains les authentiques mousselines Dacca dont le grain \u00e9tait si subtil que l\u2019\u0153il ne pouvait que l\u2019imaginer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>UNE INVENTION OCCIDENTALE&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<\/strong>Mousseline ou gang\u00e9tic muslin,pourrait n\u2019\u00eatre en fait qu\u2019un nom \u00e0 consonance europ\u00e9enne adopt\u00e9 par la majorit\u00e9 des&nbsp; peuples afin de faciliter les&nbsp; \u00e9changes commerciaux internationales, au m\u00eame titre que l\u2019anglais est la langue utilis\u00e9e par les nations pour simplifier les communications. Cependant, certains peuples ont conserv\u00e9 la version originelle dans leur propre langue&nbsp;: au Bengal le mul mul, en Perse dulbent&nbsp;: litt\u00e9ralement bande de toile fine utilis\u00e9e pour fabriquer cette coiffe, terme retenu pour d\u00e9finir la mousseline et, en turc, t\u00fcrbant puis turban.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LES SECRETS REVELES EN QUATRE POINTS&nbsp;: COTON-CARDAGE-FILAGE-TISSAGE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u00e9bute par les crues de la rivi\u00e8re locale Meghnan qui d\u00e9bordait r\u00e9guli\u00e8rement entra\u00eenant des inondations n\u00e9fastes d\u2019un cot\u00e9 mais b\u00e9n\u00e9fiques de l\u2019autre car, en se retirant, l\u2019eau recouvrait les terres avoisinantes d&rsquo;un fertile limon.&nbsp; Le principal \u00e9l\u00e9ment de cette mousseline est le Gossypium arboreum var. neglecta commun\u00e9ment nomm\u00e9 phuti karpas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-12-14-a\u0300-10.46.49-1024x403.png\" alt=\"Gossypium Arboreum\" class=\"wp-image-4107\" width=\"716\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-12-14-a\u0300-10.46.49-1024x403.png 1024w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-12-14-a\u0300-10.46.49-300x118.png 300w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-12-14-a\u0300-10.46.49-768x303.png 768w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-12-14-a\u0300-10.46.49-1536x605.png 1536w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-12-14-a\u0300-10.46.49.png 1782w\" sizes=\"(max-width: 716px) 100vw, 716px\" \/><figcaption>Gossypium Arboreum ( \u00e0 gauche)<br>D\u00e9tails du tissage d&rsquo;un Sari  (\u00e0 droite)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Un coton<\/strong> r\u00e9put\u00e9 pour ses fibres \u00ab\u00a0longue soie\u00a0\u00bb qui ne poussaient que dans cette r\u00e9gion et nulle part ailleurs.Le fil obtenu, bien que d\u2019une extr\u00eame finesse, \u00e9tait dot\u00e9 d\u2019une exceptionnelle r\u00e9sistance \u00e0 la forte tension inflig\u00e9e lors du tissage. Aucune autre qualit\u00e9 de coton ne pr\u00e9sentait une telle qualit\u00e9. H\u00e9las, ce qui fut consid\u00e9r\u00e9 comme un chef d\u2019\u0153uvre absolu est aujourd\u2019hui impossible \u00e0 r\u00e9aliser puisque la mati\u00e8re premi\u00e8re n\u2019existe plus et que les machines, m\u00eame les plus sophistiqu\u00e9es, ne peuvent reproduire la qualit\u00e9 des fils du mul mul khas. Ils \u00e9taient si fin que, lorsqu&rsquo;on les \u00e9tendait sur l&rsquo;herbe humidifi\u00e9e par la ros\u00e9e, le tissu devenait invisible, aussi l\u00e9ger qu&rsquo;une toile d&rsquo;araign\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le cardage<\/strong>, une op\u00e9ration des plus d\u00e9licates r\u00e9alis\u00e9e par les femmes. Elle consiste \u00e0 d\u00e9m\u00ealer les fibres. G\u00e9n\u00e9ralement, les artisans utilisaient un arc et, gr\u00e2ce aux vibrations de la corde, les fibres s\u2019\u00e9parpillaient. Mais \u00e0 Dhakka et nulle part ailleurs, cette op\u00e9ration \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019aide d\u2019une m\u00e2choire de poisson dont les minuscules espaces interdentaires s&rsquo;av\u00e9raient adapt\u00e9s \u00e0 cette fonction. On estime que les qualit\u00e9s de cet outil ne furent jamais surpass\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le filage<\/strong> est r\u00e9alis\u00e9 par les femmes et les enfants dont les doigts petits et agiles avaient les qualit\u00e9s requises pour ce filage minutieux. Le fil devant \u00eatre le plus fin possible, r\u00e9clamait chaleur et humidit\u00e9. Le filage avait donc lieu le matin tr\u00e8s t\u00f4t ou le soir pr\u00e8s de la rivi\u00e8re, sur des bateaux ou dans les maisons avec un bol d\u2019eau \u00e0 proximit\u00e9 pour humidifier l\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le tissage<\/strong> r\u00e9alis\u00e9 par les hommes se faisait sur des m\u00e9tiers \u00e0 tisser rudimentaires. Avant de commencer le tissage, traditionnellement les fils de cha\u00eene \u00e9taient enduits d&rsquo;amidon \u00e0 base de riz afin des les solidifier pour qu&rsquo;ils puissent supporter la tension qui leur \u00e9tait impos\u00e9e. L&rsquo;humidit\u00e9 ambiante permettait aussi de conserver aux fils une souplesse pendant les op\u00e9rations. Le fil \u00e9tait si fin et sa texture si d\u00e9licate que les tisserands \u00e9taient soumis \u00e0 une concentration intense fatiguant leurs yeux. Ils ne pouvaient exercer ce m\u00e9tier qu\u2019une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, apr\u00e8s quoi, s\u2019ils en avaient la force, ils formaient de nouveaux tisserands, souvent de p\u00e8re en fils. Pour tisser 5 m\u00e8tres de mousseline, 60 000 m\u00e8tres de fils \u00e9taient n\u00e9cessaires et occupaient trois ouvriers pendant deux mois.&nbsp; Lorsque le tissu \u00e9tait retir\u00e9 du m\u00e9tier, il \u00e9tait lav\u00e9 dans l&rsquo;eau courante de la rivi\u00e8re afin d&rsquo;\u00e9liminer toute trace d&rsquo;amidon, puis mis \u00e0 s\u00e9cher et \u00e0 blanchir sur les pr\u00e8s d\u00e8s l&rsquo;aurore, afin de b\u00e9n\u00e9ficier des premiers rayons du soleil. Une histoire circule au sujet d\u2019un fermier et de sa vache qui paissait tranquillement dans un pr\u00e9 voisin de celui o\u00f9 les tisserands faisaient s\u00e9cher les mousselines. Un matin ensoleill\u00e9, une mousseline fut \u00e9tal\u00e9e dans le pr\u00e9 et la vache trouvant probablement l\u2019herbe plus verte dans ce pr\u00e9, se d\u00e9lecta en toute bonne fois de l\u2019invisible mousseline en m\u00eame temps que de l\u2019herbe verdoyante du pr\u00e9. L\u2019histoire se termine par l\u2019\u00e9viction de Dhaka des deux protagonistes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AUX FILS DE L\u2019HISTOIRE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La renomm\u00e9e de la mousseline blanche de Dacca d\u00e9passa rapidement les fronti\u00e8res du golfe du Bengale. Elle s\u00e9duisit tous les peuples ou presque, des grecs aux romains en passant par les chinois et les perses. On retrouve sa trace sur les sculptures et dans le costume de la Gr\u00e8ce antique, chez des po\u00e8tes chinois, dans le vocabulaire perse, dans les r\u00e9cits de voyages de quelques aventuriers occidentaux \u2026Cette exceptionnelle cotonnade fut une manne pour Dhakka, jusqu\u2019\u00e0 ce que la r\u00e9volution industrielle europ\u00e9enne ne vienne tarir cette source.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Oubli\u00e9e un temps par les occidentaux, elle fut remise \u00e0 l\u2019honneur par Marco Polo qui remarqua les \u00e9tonnants v\u00eatements des habitants de Mossoul. Ainsi au XIIIe si\u00e8cle, apparut sur le march\u00e9 europ\u00e9en ce flot de coton voluptueux et exquis. Sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, sa facilit\u00e9 d\u2019entretien, son prix plus inf\u00e9rieur \u00e0 celui du lin \u00e9taient des qualit\u00e9s suffisantes pour supplanter les lourdes et luxueuses \u00e9toffes en vogue \u00e0 cette \u00e9poque. De Machilipatnam \u00e0 Venise, le chemin \u00e9tait long et p\u00e9rilleux. La belle empruntait en partie les routes de la soie maritimes et terrestres pour parvenir jusqu\u2019\u00e0 Mossoul, d\u2019o\u00f9 des n\u00e9gociants italiens la revendait \u00e0 des marchands. Jusqu\u2019au XVIIIe si\u00e8cle, le Bengale exportait cet article vers les Am\u00e9riques, le Japon, l\u2019Asie centrale, et l\u2019Europe. Lorsque les pays importateurs s\u2019aper\u00e7urent que la balance commerciale penchait en faveur des bengalais, il ne fut pas officiellement question d\u2019une nouvelle prohibition mais les manufacturiers europ\u00e9ens furent incit\u00e9s \u00e0 produire cette cotonnade afin de satisfaire une client\u00e8le \u00ab&nbsp;emball\u00e9e&nbsp;\u00bb par cette d\u00e9licieuse \u00e9toffe exotique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les britanniques \u00ab&nbsp;tir\u00e8rent les premiers&nbsp;\u00bb une salve d\u00e9terminante pour leur \u00e9conomie mais destructrice pour l\u2019\u00e9conomie de leur colonie. Vers la fin du XVIIIe si\u00e8cle, les premi\u00e8res mousselines de coton fabriqu\u00e9es en Europe sortirent d\u2019une manufacture situ\u00e9e dans l\u2019Ayrshire en Ecosse.&nbsp; L\u2019invention anglaise de \u00ab&nbsp;la spinning mule&nbsp;\u00bb permettait d\u2019obtenir un&nbsp; fil de coton fin, r\u00e9gulier, en grande quantit\u00e9, rapidement et de reproduire de fines mousselines \u00e0 moindre co\u00fbt. Les d\u00e9bouch\u00e9s importants qui s\u2019offraient aux fabricants de la blanche Albion les incit\u00e8rent \u00e0 d\u00e9velopper le filage et le tissage du coton, en important cette mati\u00e8re premi\u00e8re de leur colonie indienne, en renvoyant le produit fini sous forme de tissu. Cette politique visait \u00e0 r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant la production de mousseline artisanale, d\u00e9j\u00e0 affaiblie par la disparition du coton phuti karpas. Le patrimoine culturel \u00e9tait en posture d\u00e9licate, la disparition d\u2019un savoir faire ancestral mena\u00e7ait de disparaitre. Lors de la grande exposition qui se tint au Cristal Palace \u00e0 Londres en 1851, la reine Victoria admira tout de m\u00eame les fabuleuses mousselines de Dakkha, un \u00e9tonnant si l\u2019on consid\u00e8re que la production industrielle de mousseline fit la renomm\u00e9e de Glasgow et et le d\u00e9clin de&nbsp; la gagetic muslin. La r\u00e9action des indiens se fit attendre mais fut pacifique. Dans les ann\u00e9es 1920, Gandhi exhorta la population \u00e0 boycotter les cotonnades industrielles import\u00e9es par les britanniques, \u00e0 d\u00e9laisser le costume occidental au profit du dhoti en khadi litt\u00e9ralement coton, tissu fil\u00e9 et&nbsp; tiss\u00e9&nbsp; \u00e0 la main localement. Le phuti karpas ne fut pas sauv\u00e9, mais le savoir faire ancestral, partie int\u00e9grante du patrimoine culturel textile, fut sauvegard\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En France, sous le directoire et l\u2019empire, le go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour le monde antique se r\u00e9percuta dans la mode, propulsant au premier rang des robes fluides et transparentes port\u00e9es par les audacieuses \u201cMerveilleuses\u201c \u00e9namour\u00e9es de la simplicit\u00e9 gourmande de cette toile arachn\u00e9enne. Des machines capables de reproduire \u00e0 moindre co\u00fbt ces cotonnades furent op\u00e9rationnelles au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, permettant d\u2019obtenir une qualit\u00e9 de mousseline satisfaisante. Les manufacturiers fran\u00e7ais ne furent pas en reste. C\u2019est l\u2019opini\u00e2tret\u00e9 et la passion d\u2019un homme, J B Simonet, qui est \u00e0 l\u2019origine de la fabrication industrielle de la mousseline qui rendit c\u00e9l\u00e8bre la ville de Tarare. Bien des tentatives seront n\u00e9cessaires avant que la qualit\u00e9 de la mousseline de Tarare ne soit convenable et, les ann\u00e9es passant, le sieur Simonet succomba dans la mis\u00e8re sans assister au succ\u00e8s de son id\u00e9e. Cependant, son m\u00e9rite fut reconnu par Napol\u00e9on, son \u00e9pouse re\u00e7ut une pension de l\u2019\u00e9tat et, au milieu du XIXe si\u00e8cle, Tarare devint la cit\u00e9 de la mousseline&nbsp;ou le dakkha fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TOUT EST BIEN QUI FINI BIEN&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 toute chose malheur est bon. Le jamdani, embl\u00e9matique \u00e9toffe bengalaise est, depuis 2012, class\u00e9 au patrimoine immat\u00e9riel de l\u2019humanit\u00e9 par l\u2019Unesco, sauvegardant ainsi un&nbsp; patrimoine culturel et un savoir faire \u00e0 nul autre pareil.<\/p>\n\n\n\n<p>Article de luxe, il&nbsp; fait partie du costume des saris de c\u00e9r\u00e9monie depuis des si\u00e8cles. Aujourd\u2019hui encore, les artisans qui ma\u00eetrisent \u00e0 la perfection l\u2019art et la mani\u00e8re de filer et de tisser selon la tradition sont des passeurs de patrimoine . Bien que les fils utilis\u00e9s ne soient plus aussi fins que ceux des mul mul khas, le coton d\u2019origine n\u2019existant plus, ils n\u2019en sont pas moins d\u2019une exceptionnelle finesse. Ces merveilleuses mousselines de coton blanches sont dites figur\u00e9es ou fleuries&nbsp;; les motifs color\u00e9s, floraux ou abstraits, souvent complexes, sont tiss\u00e9s avec une trame suppl\u00e9mentaire. La sp\u00e9cificit\u00e9 du jamdani est de donner l\u2019illusion que les fleurs ou les motifs tiss\u00e9s en fils de couleurs sur un support parfaitement invisible, flottent dans l\u2019air. Les princes Moghols, dont la culture \u00e9tait influenc\u00e9e par les perses, baptis\u00e8rent cette \u00e9toffe jamdani, mot d\u00e9riv\u00e9 de la combinaison de deux mots perses&nbsp;\u00ab&nbsp;jama&nbsp;\u00bb pour \u00ab&nbsp;\u00e9toffe&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;dana&nbsp;\u00bb pour \u00ab&nbsp;\u00e0 petit grain&nbsp;\u00bb. Le mot jama est parvenu jusqu\u2019\u00e0 nous, non sous la forme d\u2019une exquise cotonnade mais sous forme d\u2019un \u00ab&nbsp;v\u00eatement de jambes&nbsp;\u00bb ou pyjama<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/jamdani_1_4-1024x458.jpg\" alt=\"Jamdani\" class=\"wp-image-4171\" width=\"714\" height=\"319\" srcset=\"https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/jamdani_1_4-1024x458.jpg 1024w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/jamdani_1_4-300x134.jpg 300w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/jamdani_1_4-768x343.jpg 768w, https:\/\/www.etoffe.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/jamdani_1_4.jpg 1092w\" sizes=\"(max-width: 714px) 100vw, 714px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>D\u2018HIER A AUJOURD\u2019HUI <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si les mousselines indiennes contemporaines sont commercialis\u00e9es dans des qualit\u00e9s qui n\u2019ont de points communs avec leur anc\u00eatre que le nom, mais elles sont encore tr\u00e8s honorables.&nbsp; L\u00e9g\u00e8res et souples, unies ou imprim\u00e9es, id\u00e9ales pour les v\u00eatements l\u00e9gers. Osez laver et relaver ces mousselines, elles gagneront en souplesse. En lingerie fine, merveilleusement confortable, et en chiffon pour version plus sophistiqu\u00e9e ! Je passe intentionnellement l\u2019usage de la mousseline pour envelopper un bouquet garni ou \u00e9goutter un fromage&nbsp;! En d\u00e9coration, quoi de plus charmant, de plus d\u00e9licat qu&rsquo;un voile de mousseline de coton pour se prot\u00e9ger de la lumi\u00e8re crue du soleil ? Si vous aimez les effets somptueux, les transparences magiques, si vous r\u00eavez de tissus voluptueux, la finesse de cette mati\u00e8re est pr\u00e9texte \u00e0 de multiples superpositions qui cr\u00e9ent des effets color\u00e9s extraordinaires. Pour booster le r\u00e9sultat : utilisez-la toujours sans mod\u00e9ration&nbsp;; il faut de grandes quantit\u00e9s pour donner \u00e0 cette \u00e9toffe si fine un volume visible. &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA MOUSSELINE ET MOI <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, bien que la mousseline de soie ne soit qu\u2019une d\u00e9clinaison de la mousseline de coton, j\u2019avoue avoir un faible inexplicable pour cette \u00e9toffe invisible \u00e0 \u0153il mais \u00e9minemment tactile. Un morceau de Georgette, c\u2019est une poign\u00e9e de grains de sable blanc et chaud qui coule entre les doigts, c\u2019est une mati\u00e8re \u00e9vanescente, propice \u00e0 m\u2019entra\u00eener dans un voyage immobile. Couper ce tissu a toujours \u00e9t\u00e9 un cr\u00e8ve c\u0153ur tant il est difficile d\u2019obtenir une coupe franche, et le d\u00e9chirer d\u2019un coup sec aurait \u00e9t\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diablement une erreur. Au contact de ce voile confus\u00e9ment luxueux&nbsp; fait d\u2019un entrelacement de fils irr\u00e9els surgit&nbsp; l\u2019image de ces&nbsp; femmes aux mains agiles qui, assises au bord du Brahmapoutre, filaient, d\u00e8s l\u2019aube, le l\u00e9gendaire phuti khas au rythme de leurs chants doux et lancinants&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En choisissant ce th\u00e8me je n\u2019imaginais pas la richesse du parcours historique de ce tissu, toutes les cons\u00e9quences \u00e9conomiques et politiques de son quasi monopole, ni les aventures humaines qui se sont tram\u00e9s entre les fils t\u00e9nus de cette \u00e9toffe arachn\u00e9enne. 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Les brins de fibres textiles maintenus ensemble par torsion forment des fils qui, en un certain ordre entrelac\u00e9s, deviennent des tissus\u2026Textile et texte, un t\u00eate \u00e0 t\u00eate o\u00f9 toute ressemblance n\u2019est pas fortuite. Il est des civilisations qui transmettent leur culture par l\u2019\u00e9criture, d\u2019autres par la parole, d\u2019autres encore, par la parole \u00e9crite avec un fil. Entre le tissu et moi, c\u2019est une histoire de famille. Quatre g\u00e9n\u00e9rations et quatre mani\u00e8res diff\u00e9rentes de tisser des liens interg\u00e9n\u00e9rationnels entre les \u00e9toffes et les \u00ab\u00a0textilophiles\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s ma formation \u00e0 l\u2019Ecole du Louvre et un passage dans les mus\u00e9es nationaux, j\u2019ai d\u00e9couvert les coulisses des \u00e9toffes. Avec d\u00e9lice, je me suis gliss\u00e9e dans des flots de taffetas, avec patience j\u2019ai gravi des montagnes de mousseline, avec curiosit\u00e9 j\u2019ai enjamb\u00e9 des rivi\u00e8res de tweed, pendant plus de 35 ans, au sein de la soci\u00e9t\u00e9 De gilles Tissus et toujours avec la m\u00eame \u00e9motion. J\u2019eus l\u2019occasion d\u2019admirer le savoir-faire des costumiers qui habillent, d\u00e9guisent, costument, travestissent les com\u00e9diens, acteurs, danseurs, clowns, chanteurs, pour le plus grand plaisir des spectateurs. J\u2019ai aim\u00e9 travailler avec les d\u00e9corateurs d\u2019int\u00e9rieurs toujours \u00e0 la recherche du Graal pour leurs clients. Du lange au linceul, le tissu nous accompagne, il partage nos jours et nos nuits. Et pourtant, il reste un inconnu ! Parler chiffon peut parfois sembler futile, mais au-del\u00e0 des mots, tissu, textile, \u00e9toffe, dentelle, feutre, tapisserie ou encore broderie, il est un univers qui gagne \u00e0 \u00eatre connu. Ainsi, au fil des ans les \u00e9toffes sont devenues des amies que j\u2019ai plaisir \u00e0 vous pr\u00e9senter chaque mois sur ce blog de mani\u00e8re p\u00e9dagogique et ludique. 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